Le Rêve de Dominik (**)
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Dominik - Galerie

 

Tout a commencé par un appel à l'aide posté par les volontaires de le Fondation Mam Marzenie (J'ai un Rêve), sur le forum franco-polonais (http://wirtualnafrancja.com/forum/index.php):
 

GALERIE
Dominik, le rêveur

Bonjour!

Nous sommes les volontaires de l’antenne de Cracovie de la Fondation J’ai un Rêve ! Cette Fondation s’occupe de la réalisation de Rêves d’enfants gravement malades, souvent avec un espoir minime de vivre. (notre site : www.mammarzenie.org ) En tant que volontaires, nous sommes responsables de la réalisation de rêve d’un garçon de treize ans qui s’appelle Dominik. Ce formidable garçon lutte contre une paralysie progressive de ses quatre membres. Il vit actuellement dans une famille d’accueil, mais ne perd rien de sa joie de vivre. Malgré sa maladie, grave et sournoise, Dominik reste un garçon joyeux et ouvert sur le monde. Il a la tête pleine de rêves et ce sont ses rêves (pour l’instant uniquement dans son imagination), lui donnent la force et la Joie de vivre. En réalisant le rêve de chaque enfant malade nous nous employons pour que ce soit pour lui une belle expérience, un souvenir inoubliable. L’expédition vécue en communion avec sa famille la plus proche sera pour notre Rêveur et ses proches une occasion pour oublier la maladie et la souffrance quotidienne.
Embrasser Mickey ... c’est le rêve le plus secret de Dominik.

Nous lançons l’appel à l’aide dans la réalisation de ce beau rêve d’enfant !
(Pour l’instant le plus important est de trouver les personnes avec les voitures, car notre groupe compte 5 personnes + le chauffeur volontaire. Il nous faudra alors deux voitures ou une grande, de type monospace. Les voitures ce n’est pas le confort inutile mais une nécessité, car Dominik se déplace en chaise roulante.)

La réalisation de son propre rêve, c’est une attraction. La réalisation d’un rêve de quelqu’un c’est une expérience unique, une expérience inoubliable...

Iza et Krzysiek
www.mammarzenie.org

Je suis tombé sur cette annonce le 28 septembre...



 

Les préparations

L’arrivée (samedi)

Paris (dimanche)

Disneyland (lundi et mardi)

Départ (mercredi)

Épilogue

GALERIE PHOTOS


Les préparations

 

L'annonce m’a beaucoup intrigué et je suis allé voir le site de la Fondation.

J’ai vu la page web et les photos consacrés à Dominik. J’étais plein d’admiration pour ces bénévoles qui aident les enfants malades à réaliser leurs rêves. Je me suis baladé un peu sur les différentes pages. J’étais surpris par le nombre d’enfants rêveurs ainsi que par le taux de rêves déjà réalisés. Sur les photos de certains enfants j’ai remarqué un petit ruban gris, de la même forme que le ruban rouge symbolisant la lutte contre le SIDA. Bien que j’ai su tout de suite la signification de ce petit ruban, j’ai posé quelques jours plus tard la question à une bénévole de la fondation. Ce ruban gris nous montre les enfants qui sont partis, après avoir réalisé leur rêves. 

Le rêve de Dominik concernait la visite du parc Disneyland. Ma décision était prise au moment où j’ai consulté les pages du site.

Il fallait qu’il vienne et il fallait que j'y sois pour quelque chose. Je ne savais pas encore comment ni quand, mais je savais que le regard de ce garçon que j’ai croisé en regardant les photos sur Internet je le croiserai bientôt ici.

L’action n’était pas immédiate. J’ai contacté les personnes qui s’occupaient du Rêve de Dominik. J’ai demandé en quoi je puisse être utile. Je me suis dit qu’il va falloir préparer le voyage, l’hébergement, la visite. J’ai proposé timidement l’échéance au printemps. Mais c’était sans prendre en compte l’énergie de deux bénévoles : Iza et Krzysiek.  

En quelques échanges de mails il en était tout de suite question de venir le plus rapidement possible. Et les dates entre 14 et 18 octobre ont été rapidement fixées. Il fallait faire vite.

Heureusement d’autres utilisateurs du forum se sont intéressés à la réalisation du rêve de Dominik. Mela, irremplaçable dans la recherche rapide d’une info utile nous a tout de suite envoyé les liens sur les hébergements possibles. C’est elle qui a trouvé l’adresse de la maison de Mission Catholique Polonaise à la Ferté sous Jouarre. Et nos bénévoles de Cracovie ont très rapidement réservé les nuits là bas. Vendome, malgré son emploi de temps chargé pendant ce week end, s’est tout de suite proposé d’aider. En à peine deux semaines tout était bouclé.

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L’arrivée (samedi)

 Le jour J arrive. Notre équipe d’invités, composé de Dominik, de sa petite sœur Ela, de sa grande sœur Ania et deux volontaires de la fondation de Cracovie : Iza, étudiante en économie et Krzysiek, étudiant en terminale qui prépare son Bac, devrait atterrir à l’aéroport de Beauvais samedi soir. Je me suis rapidement aperçu que les horaires de transports disponibles rendent impossible de rejoindre leur base à la Ferté sous Jouarre. Qu’à cela ne tienne. Après une petite réflexion commune avec ma femme nous avons décidé de les accueillir chez nous pour la nuit, en organisant un petit camp de vacances dans toutes les pièces de la maison.

 Ça y est, c’est parti. Nos deux voitures partent avec toute la famille en direction de Beauvais. Je récite les mantras pour que nos voitures ne nous lâchent pas en route, et elles ont tenu bon.

Nous arrivons juste au moment où notre équipe passe la porte de sortie de l’aéroport. On fait les présentations. Dominik nous dit bonjour avec son irrésistible sourire alors que sa sœur Ela (9 ans) devient copine avec mes deux filles (qui ne parlent pas polonais). On est tous très contents, on s’installe dans le voitures et on prend la direction de Conflans Ste Honorine.

 Nous arrivons très tard mais encore pleins d’énergie. Je me jette dans la cuisine pour préparer les délicieuses pâtes à la carbonara. Victoria et Alexandra entraînent Ela dans leurs chambres pour lui montrer la collection des Barbie. Et Dominik ? On l’a pas oublié, mais il a trouve tout de suite un excellent compagnon de jeu en Jedi, le chaton de la maison ravi de pouvoir poursuivre sa pelote de laine entre les tubes et les rayons de roues du fauteuil roulant de Dominik.  J’avais même l’impression de deviner à quoi pouvait ressembler le prochain rêve de ce garçon dan son fauteuil roulant.

  Nos invités, à peine les sacs posés, nous couvrent de cadeaux, les tee-shirts et les bracelets de la Fondation, le livre qui retrace les origines de leur mouvement, et bien sûr les « krowki » (bonbons au caramel polonais qui me transportent immédiatement dans les goûts de mon enfance). Ces bonbons « krowki » (les petites vaches) sont en quelque sorte un équivalent polonais du « Mistral gagnant » de la chanson de Renaud. Ce n’est pas bien de manger les bonbons avant de dîner, mais je n’ai pas pu résister. Merci beaucoup pour tous ces cadeaux.

Le repas fut bien apprécié, et nous n’avons pas vu le temps passer. Mais il fallait penser au repos. Une nouvelle journée pleine de surprise nous attendait le lendemain. Tout le monde s’est couché sur les lits de fortune. Mais je n’ai pas trouvé le sommeil tout de suite. Je pensais à Dominik dormant sur le canapé convertible de salon. Je pensais à ses rêves qui volaient sous le toit de ma maison. Je pensais que c’est une véritable bénédiction pour cette maison l’explosion de l’amour et tout ce rayonnement des ondes positives. Je pensais que le véritable bonheur peut être ressenti en le partageant avec les autres. Et j’étais heureux de pouvoir vivre ce moment magique et inoubliable. Quel était mon rêve cette nuit là ? Je ne le dirai pas.

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 Paris (dimanche)

 

Malgré l’heure tardive à laquelle tout le monde s’est couché, le réveil fut matinal et plein d’énergie. Le programme de la journée était riche. Bien sûr, un petit déjeuner typiquement français était accueilli avec joie par tout le monde. Les croissants tout frais, les pains aux raisins et au chocolat, les tartines de confiture et de nutella. Beaucoup de café pour les grands, le thé et le chocolat pour les petits. Nous allions visiter Paris et les bagages étaient prêts pour la Ferté.

 C’est Vendome  qui s’est chargé de transport de tous les sacs entre Conflans et la Ferté. Il a dû parcourir plus de 300 km pour boucler sa grande tournée. Et grâce à lui nous avons pu partir légers à la conquête de la ville lumière. On s’est séparé en deux équipes ; Dominik, Ania et Krzysiek sont partis avec Victoria et Catherine en voiture. Alors qu'Iza, Ela, Alexandra et moi avons pris le train. Bien sûr on s’est donné le rendez-vous en plein centre de la course des 20 bornes de Paris. Mais grâce aux téléphones nous nous sommes retrouvés sur les Champs de Mars. La visite de paris a commencé par la Tour Eiffel. Après un petit pique-nique sur la pelouse des Champs de Mars nous nous sommes dirigés vers la Tour. Le personnel nous a permis d’acheter les tickets sans faire la queue la plus longue de France (on n’allait tout de même faire ça à des Polonais). Et nous sommes montés par l’ascenseur du pilier nord au deuxième étage. Dominik était émerveillé par la vue qui s’étendait sous les roues de son fauteuil. Il n’a jamais pu regarder le monde avec une telle perspective. Il était un peu inquiet  par la hauteur de notre plancher et la proximité du précipice. Ce n’étaient que les morceaux de métal assemblés par les rivets qui faisaient la séparation entre lui et le monde, comme ces autres morceaux de métal de son fauteuil qui faisaient maintenant une partie intégrante de son existence. Je lui montrais les principaux édifices parisiennes, le morceau de pelouse sur lequel nous étions assis une heure plus tôt ressemblant maintenant à un petit mouchoir vert, le bonhomme orange que nous avons rencontré en bas, comme une fourmi à côté de ce mouchoir.

 Après la descente, la visite s’est poursuivie par le Trocadéro. Nous avons tenté le bus 38, équipé en passerelle automatique pour les fauteuils. Le premier véhicule a du rester bloqué devant le palais Chaillot, car la passerelle est bien sortie, mais n’a pas voulu rentrer. Les efforts de la RATP pour faciliter l’accessibilité des transports sont louables, mais il va falloir repenser la fiabilité des équipements. A plusieurs reprises nous avons été obligé de hisser à la main le fauteuil de Dominik, car les chauffeurs ne voulaient pas sortir la passerelle sous prétexte qu’elles se bloquent constamment. Finalement nous avons pu faire notre balade au bord d’un autre 38 et admirer par ses fenêtres Paris si beau sous ses habits automnales et baigné par le soleil doux et chaud. Après une longue balade dans les rues étroites et animées du Quartier Latin et une pause repas au MacDo (pour les intimes) de Saint Michel, nous sommes arrivés aux pieds des tours blanches de Notre Dame. Les enfants se sont tout suite intéressé aux centaines de pigeons nourris par un vieux monsieur à moustache argenté.  Iza m’avait dit que c’est  la première fois qu’elle voit la cathédrale de Quasimodo sans les échafaudages qui la cachaient pendant longtemps.  Nous constatons avec regret qu’il commence à se faire tard alors que nous n’avons pas réalisé que la moitié de programme de la journée. Il va falloir prendre le dernier Bus et aller à la Gare de l’Est  pour prendre le train.

 Nous discutons en route. La visite était belle. Ils sont agréablement surpris par la présence de nombreux aménagements pour les handicapés à Paris. Il parait qu’en Pologne on en est encore loin. Sûrement. Moi je crois qu’il n’y en ait pas assez. Après cette belle journée je constate avec amertume que j’avais croisé tant de fois les gens se déplaçant en fauteuil sans imaginer à quoi ressemblait leur vie. On les voit, en fauteuils, on a de la compassion pour eux, mais on a aucune idée ce qu’ils éprouvent devant des milliers de petits obstacles que nous ne remarquons même pas alors que pour eux ce sont les frontières et les murs qui les empêchent de vivre comme nous. Et ils veulent, tout simplement, vivre comme nous.  Et je verrai par la suite que même à Paris ce n’est pas rose tous le jours.

 J’explique à ma joyeuse compagnie la route vers leur demeure à la Ferté sous Jouarre. Je les aide à monter dans le train en leur donnant rendez-vous à la sortie du même quai le lendemain. On va attaquer le vrai but de la visite : "Disneyland, le pays ou le rêve devient réalité...

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Disneyland (lundi et mardi)

 Nous nous retrouvons comme prévu à la gare de l’Est le lendemain matin. Le bus  38 nous laisse aux pieds du centre Pompidou. Une petite balade autour des Halles. L’ascenseur que je connais est évidemment hors service, mais au bureau de l’information de Forum des Halles on trouve rapidement un agent de sécurité qui nous conduit vers un autre ascenseur, puis un monte-charge qui nous descend au niveau de la station du RER. Le train pour le parc arrive tout de suite. Il est quasiment vide. Le luxe (pour ceux qui ont l’habitude de prendre cette ligne). Nous n’avons toujours pas des tickets pour le Parc. Ils ont été promis mais la personne à contacter aux bureaux du parc était injoignable pendant tout le temps des préparations. A la sortie du tunnel je tente une chance et j’appelle le numéro de Disneyland. Je tombe sur le service de Mécénat. Je peux avoir la bonne personne assez rapidement. Mais elle a beaucoup de mal à trouver le dossier. Finalement on me passe une autre personne qui est au courant de l’affaire. Et là j’entends un sermon sur le manque du professionnalisme de personnes de Pologne car ils ont envoyé  la demande par mail et non par fax et que la date n’était pas la bonne et que ceci et que cela. Et que, bien sûr, ils ne peuvent rien pour nous. Avant de raccrocher je me permets de dire à la personne à l’autre bout de fil, que son exigence de professionnalisme de la part de bénévoles d’une association faite par les gens portés par un élan de cœur est un peu exagérée. Que les gens qui s’occupent d’enfants comme Dominik offrent leur temps à cette noble cause et ne vendent pas. Qu’on peut établir les règles et les procédures, mais un être humain est toujours capable d’un geste qui passe outre les rigidités d’un système. Mais ç'en était trop pour les règlements à l’américaine du parc. Qu’à cela ne tienne. J’avais deux places pour moi (pour les deux jours prévus). A la caisse du parc nous avons demandé un bureau de relations avec la clientèle. Et là, après une petite négociation nous avons pu obtenir une place au tarif très réduit pour Dominik, une place gratuite pour Ania en tant qu'accompagnatrice, et en fin de compte il fallait acheter uniquement deux places au tarif public : pour Ela et Krzysiek. Nous avons aussi obtenu une « carte bleue » qui donne un accès prioritaire aux attractions accessibles aux handicapés. Pour le lendemain nous aurons les billets à moitié prix grâce au CE de ma femme. Fini les formalités. Place au Rêve.

Nous entrons. Je vois dans les yeux de Dominik un bonheur d’enfant qui débarque dans un pays des contes de fée. Il est aux anges. Il nous montre de sa main le château au fond de l’allée centrale, une voiture jaune garée à côté. Il veut pousser son fauteuil tout seul, on n’est pas assez rapides nous, les grands. Et derrière la voiture jaune nous remarquons un groupe d’enfants qui s’agglutine autour d’un personnage à grandes oreilles rondes. Nos cœurs battent plus vite. Dominik nous regarde avec un énorme sourire sur son visage d’ange. Nous approchons. Minnie (car c’était Minnie le premier personnage rencontré), nous remarque, dit aux enfants d’attendre un peu et s’approche de nous.  Dominik tend les bras vers elle et l’attire vers lui. Je sens les larmes monter toutes seules dans mes yeux. C’est une explosion de joie. Dominik est aux anges. Minnie se prête sans hésitation à une séance de photos. Mais mes mains tremblent et les yeux remplis de larmes on du mal à voir dans le viseur de l’appareil. Je prends les photos tout en pensant que je suis en train de vivre un moment inoubliable.  J’essaie de boire ce bonheur à n’en plus avoir soif. Je suis reconnaissant à Dominik d’avoir croisé ma route par un incroyable hasard. Je me rends compte de ce mécanisme magique qui nous gratifie d’un bonheur alors que c’est moi qui suis censé rendre heureux ce petit garçon dans les bras de Minnie. J’aimerais prolonger ce moment encore, mais les autres enfants ont aussi envie de prendre Minnie dans leurs bras. Mais en fait peu importe la durée. Ces moments d’un bonheur intense ne sont pas inscrits dans la durée, mais dans l’amplitude de la vague de chaleur qu’ils déclenchent dans nos cœurs. Comme une note de musique dans une œuvre de Mozart. Elle nous transperce le cœur même si elle est courte. Mais elle est divinement bien choisie et placée là où il faut. Nous nous rendons compte tous, réunis autour de Dominik, que son rêve vient de se réaliser. Nous ne parlons pas, mais nous nous regardons et nous nous comprenons. Ania, Iza, Krzysiek, Ela et moi. Nous retournons dans nos pensées vers nos efforts pour préparer cet événement en s’apercevant que nous avons reçu un cadeau inestimable en récompense. Je pense aux personnes le plus proches avec qui j’aimerais partager ce moment. Elles sont toutes avec moi, je suis leur messager. Je les remercie dans mon cœur, car ce moment je leur dois aussi. Je regarde le visage radieux de Dominik. Je prends sa tête dans mes bras et je lui chuchote un grand merci à l’oreille. Comment est-ce possible que ce garçon malade qui n’est que souffrance soit devenu pour moi un messager de bonheur si intense. La question me trotte toujours dans la tête. 

Pendant les deux  jours de la visite de parc nous avons pu rencontrer plein d’autres personnages de Disney. C’était toujours la joie et le rire aux éclats. Mais aucune rencontre n’avait l’intensité de la première.

En nous baladant dans le parc j’ai découvert une autre passion de Dominik : les voitures. Nous n’avons pas pu passer à coté d’un quelconque véhicule sans s’arrêter et essayer de monter dedans. Alors les premiers pas furent pour le circuit de voitures de sport des années cinquante. Et après le premier tour de circuit, Dominik n’avait aucune envie d’aller voir autre chose. Il faut souligner ici la gentillesse du personnel de cette attraction qui a laissé à chaque fois notre petit héros faire deux tours de circuit, malgré la file d’attente d’une heure (pour les non privilégiés). Merci. Vous ne pouvez pas imaginer quel plaisir vous avez donné à notre pilote en herbe. Quoique, en herbe ? En traversant le château de la belle au bois dormant nous sommes passés par une allée sous les arcades gothiques. La pente était assez forte. Je suis parti devant pour prendre une photo. Quant j’étais en bas, j’ai eu à peine le temps de me retourner pour voir Dominik prendre les commandes de son bolide et échapper à la surveillance d’Iza. Il s’est lancé dans une descente rapide sur son fauteuil. J’ai eu juste une seconde pour prendre une photo avant de me faire écraser par le fauteuil sur sa lancée. Effrayé, j’ai fermé les yeux avant le choc… Et rien ne s’est passé. J’ouvre les yeux et je vois Dominik à dix centimètres devant moi, parti dans un éclat de rire joyeux, en me montrant les freins de son fauteuil roulant. Efficaces, les freins. Et le pilote avec une maîtrise digne d’un champion de la Formule 1. 

Bien sûr, à part les voitures nous avons pu profiter d’autres attractions du parc. Certaines, inaccessibles à Dominik et sa sœur Ania (qui attend un bébé), ont fait la joie de reste du groupe. On s’est tous decouvert amateurs de sensations fortes à bord du vaisseau spatial de Space Mountain  ou du wagonnet fou du train d’Indiana Jones. Pendant que les casse-cou prenaient leur bain d’adrénaline, Dominik admirait les manéges, les parades, les personnages. Et bien sûr attendait patiemment qu’on le conduise encore et encore prendre le volant des « autos » de course.

Une autre attraction a trouvé un grand intérêt dans les yeux de Dominik ; le labyrinthe d’Alice au pays des merveilles. Mais parcouru à toute vitesse, peu importe les virages très serrés. Dominik se chargeait de jouer des freins habilement pour tourner sans partir dans les décors. Un vrai Schumi en herbe, je vous le dis. C’était une grande joie pour Dominik, et un sacré entraînement  pour le moteur V12 accroché derrière son monospace.

Pendant la balade sur le bateau à vapeur autour du lac, Dominik m’a demandé de lui prêter mon appareil photo, et ça aussi était une découverte. A chaque arrêt il voulait photographier. Tout. Je dois lui être reconnaissant car c’est lui qui a pris quelques photos de moi  pendant la visite. Comme chacun sait, ce sont les photographes qui ne figurent jamais sur les photos souvenirs. Merci Dominik.

Comme les décors du parc en ce moment sont tous sous influence de Halloween il manquait seulement de transformer nos deux plus jeunes coéquipiers en décors vivants. Ela a choisie de se transformer en vampire et Dominik en Tête de citrouille. Je vous laisse admirer les effets de la transformation sur quelques photos de la galerie.

 On a passé deux jours formidables. Peu importe le côté très américain et la machine à fric du parc. Je crois qu’on a complètement oublié. Même le slogan sur le petit guide du parc distribué à l’entrée ne sonnait pas faux : l’endroit où les rêves deviennent réalité. Même si les salariés du Mécénat d’Eurodisney ne l’ont pas vu de cette façon.

 Avant de partir nous sommes passés dans la boutique pour acheter quelques souvenirs. Moi j’étais chargé par Mela d’acheter à Dominik une petite peluche. Mais c’est lui qui allait la choisir. Son premier choix était une peluche Stitch. Mais en passant devant un rayon de coussins il m’a demandé de s’arrêter. Il a posé Stitch et a sorti d’un tas de coussins un superbe oreiller Mickey. Je le demande s’il veut vraiment ce petit coussin. Il sourit et me répond : Mon rêve c’était d’embrasser Mickey. Maintenant je vais pouvoir le prendre dans les bras en me couchant.

 Nous partons du parc, fatigués mes heureux. Nous avons passé les moments magiques. Parfois, la magie d’un endroit comme celui-ci ne se situe pas exactement là où les panneaux publicitaires veulent la montrer.

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 Départ (mercredi)

Pendant que nous profitions des joies du parc Disneyland avec Dominik, Catherine, ma femme faisait la tournée inverse de celui de Vendome pour apporter tous les bagages de la petite troupe à la maison. Nous avons décidé que ce serait moins fatiguant pour tout le monde de dormir chez nous, même en conditions camping, et partir tous frais à l’aéroport de Beauvais à deux voitures de Conflans.

Le dernier soir tout le monde était pas mal épuisé, alors pour le dîner c’était pizza pour tout le monde. Mais avant ça les derniers cadeaux pour les enfants : une superbe Ferrari en modèle réduit pour Dominik et une Barbie pour Ela. C’étaient mes filles qui ont voulu leur offrir ces cadeaux d’au revoir. Nous avons pu discuter tard le soir, car le départ de la maison nous donnait la possibilité d’avoir un peu de temps dans la matinée.

Comme ça, avant le départ nous avons pu faire quelques courses dans les magasins du coin, où j’ai du jouer au fin sommelier en aidant mes invités à choisir les vins à emporter en Pologne. Il fallait tout de même trouver les sacs supplémentaires pour pouvoir tout mettre.

 Malgré la bonne humeur de façade, je ressentais une certaine tristesse dans les regards de tout le monde. C’est vrai que nous avons passé les jours formidables ensemble, et l’idée qu’il va falloir se quitter dans quelques heures ne nous remplissait pas de joie ; ni les partants ni les restants. Mais malgré cette tristesse palpable, nous étions tous heureux d’avoir passé ce grand moment de bonheur.

Dominik a réalisé son rêve, c’était le plus important.

Je me suis énormément attaché à ce garçon et je suis sûr que je le reverrai à la première occasion où je poserai le pied sur les pavés de Cracovie.

La route pour l’aéroport était silencieuse et triste. Même le ciel s’est joint à notre tristesse. Alors que nous avons eu un temps incroyable pendant trois jours de visites, maintenant les premières gouttes de pluie font leur apparition sur les pare-brises de voitures. Et pourtant il faisait tellement beau du dimanche à mardi que nous étions en tee-shirts pendant notre visite au parc Disneyland (pour la deuxième moitié d’octobre, même à Paris il faut le faire).

L’enregistrement s’est passé rapidement. Le fauteuil de Dominik est parti en soute et la compagnie en a fourni un autre, spécialement conçu pour qu’on ne puisse rien mettre dans les tubes métalliques. Nous allons prendre le dernier café au restaurant de l’aérogare. On regarde la dernière fois la boutique, on achète les cartes et les derniers petits cadeaux. Iza offre à Alexandra un petit chat en peluche, avec une petite tour Eiffel et une bouée autour de la taille. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ces cinq personnes étaient pour nous une bouée d’oxygène très particuliere. Iza et Krzysiek, bénévoles aux cœurs immenses qui offrent leur temps si précieux aux enfants rêveurs. Ils sont jeunes, étudiants, s’intéressent à plein de choses et trouvent un courage immense à se tourner vers ces enfants meurtris. Ania, la grande sœur de Dominik, qui à coté de sa famille (un petit bébé à la maison et un autre en route), assume avec énergie, courage et un amour la charge de son frère Dominik, 13 ans, en fauteuil roulant, atteint d une maladie grave et sa sœur Ela de 9 ans. Ela, la petite fille de 9 ans tellement joyeuse et tellement touchée déjà par la cruauté de la vie. Et enfin Dominik, notre héros, notre soleil de ces quelques jours d’été en cet automne pas comme les autres. Son sourire charmeur, sa joie de vivre, sa curiosité espiègle, font de ce garçon un immense espoir pour la vie et pour l’humanité. L’amour de la vie et la bonne humeur de ce garçon malgré les dures épreuves de la vie sont un rempart contre la haine qui essaie sans cesse d'envahir nos cœurs et nos esprits. Et pour ça, je lui dois un grand Merci.

Dominik, a un sixième sens. Il ressent la tristesse et le chagrin dans le cœur des personnes. Je me suis aperçu à plusieurs reprises, pendant les moments de peur, d’angoisse, de fatigue, d’énervement, qui n’ont pas manque pendant ces quelques jours (l’accompagnement d’une personne handicapé dans notre monde civilisé n’est pas de tout repos), que Dominik se tournait vers moi et m’envoyait le plus beau de ses sourires. C’était encore une fois le cas au moment de nous dire au revoir. Il s’est rapproché de moi et m’avait dit quelques mots à l’oreille. Il m’a dit son souhait de se retrouver encore. J’avais les larmes aux yeux. Je lui avais promis de venir le voir chez lui. Au moment de passer la porte d’embarquement il s’est retourné vers moi et m’a envoyé son plus irrésistible sourire.

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 Épilogue

 Nous avons appris rapidement par SMS qu’ils son bien arrivés en Pologne. Quelques heures plus tard j’ai reçu un mail d’Iza. Elle était triste. En arrivant à la maison elle avait appris la nouvelle sur le décès de David, le premier enfant dont elle a réalisé le rêve quelques mois auparavant. Krzysiek a été aussi très lié à ce garçon. Je me joins à leur chagrin et leurs larmes.

Et je m'interroge au fond de mon coeur: D’où prennent-ils les forces pour continuer ce travail qui met les cœurs à telle épreuve ?  Ils sont humains comme moi et toi, qui lises ces lignes.

Ils sont humains, comme toi et moi…

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Photos


(**)C'est le drapeau du Tibet. Il a été interdit par l'occupant chinois. Le montrer, le posséder vaut au Tibet plusieurs années de prison. Je tiens qu'il soit affiché en permanence sur mon site.

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Dernière modification : 23 octobre 2006